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 Vibraphonyx

Joy Division | Unknown Pleasures

10 Mai 2011 , Rédigé par vibraphonyx Publié dans #Première vie

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On commencera par la mauvaise nouvelle, apprise l'oreille fidèle collée à un petit transistor grandes ondes crachotant l'émission de John Peel : la mort de Ian Curtis, pendu la veille de la tournée américaine qui devait faire de Joy division l'immense groupe rock de sa génération (position vite usurpée par U2 ou The Cure). Nouvelle d'autant plus mauvaise qu'elle ouvrait les portes de la béatification pour le pauvre Curtis, embaumé au nom d'un sentimentalisme morbide et déplacé par des armées de garçons en pardessus noirs qui en firent une icône sotte...

 

La cold-wave était née, avec tout les abus possible en Rimmel, effets de voix lugubre et réverbération de tombe sur la caisse clair; d'Interpol aux Editors, on en mange encore.

Heureusement, le triomphe de Control (film sur ce groupe réalisé par Anton Corbjin) respectant toute la banalité et le désœuvrement du chanteur, devrait contribuer à démystifier tout le romantisme absurde de l'aura mystique qui entoure le pâle prolo de Macclesfield (ville du défunt) depuis sa pendaison. (Car ceux qui ont connu le groupe avant la fin de l'histoire savent pertinemment que, débarrasser de ce pathos écrasant, Joy Division était avant tout un immense groupe de rock- anxieux, nerveux et violent.
Unknown Pleasure mérite parfaitement son nom pour ce qu'il offre, un univers clés en main, mystérieux et jouisifs, dans lequel on se perd toujours avec le même mélange d'exaltation et d'appréhension. Personne n'a idée, à moins d'avoir été adolescent, de ce que c'est de se prendre en pleine gueule les mots terribles qui démarrent l'album ''I've been waiting for a guide to comes and take me by the hand'' (j'attends qu'un guide vienne me prendre par la main).
 

On le connait nous, adorateurs ou futurs adorateurs.
Rarement contenant et contenu n'avaient fait à ce point bloc, que sur ce disque terrassant, où la noirceur aveuglante de l'artwork accompagne parfaitement l'opacité des chansons, où la rigueur martiale des typographies semble calée sur une rythmique à angle droits, où la texture énigmatique des chansons rappelle celle, maintes fois caressée, du carton de la vieille pochette vinyle. Même l'image, le graphe de la fréquence radio d'un trou noir, déniché par le batteur dans une encyclopédie d'astronomie (... pourquoi lisait-il ça?) paraissait alors merveilleusement cabalistique avant d'être aujourd'hui récupérée par un site internet de pointe (Fairtilizer), des chaussures de sport ou même une planche de skate.
 

Comme le premier album du Velvet Underground, son illustre prédécesseur en terme d'impact et d'adoration, Unknown pleasure n'est pas seulement un disque, mais une fenêtre ouverte sur un monde nettement plus vaste, dangereux  et secret, que celui auquel le rock était habitué, même en cette période agitée d'after-punk. Un vrai CD identitaire, sur lequel se basaient, se basent et se baseront des amitiés, des amours (la mort?) - désirs de découvrir Manchester ? C'est dire le pouvoir d'attraction de ce trou noir, collision miraculeuse de plusieurs univers qui n'auraient jamais dû se croiser et qui pourtant allaient d'entrée de jeu imposer le son, l'esthétique et la philosophie hasardeuse (et chanceuse) du label Factory-Records : les design visionnaire de Peter Saville ; la flamboyance dandy de l'érudit et bullshiteur Tony wilson ; la science perverse du producteur junkie Martin Hannett, qui trouva dans le punk-rock animal et tourmenté de Joy Division le cobaye idéal pour des expérimentations toutes plus cinglées les unes que les autres. Un livre, ''Joy Division and the Making of Unknown pleasure, relate dans ses moindres détails l'enregistrement psychiatrique (Psychédélique ?)  de cet album- Martin Hannett, qui n'avait que peu de qualifications techniques, avait en revanche étudié la chimie au Polytechnique de Manchester.

 

Et à l'évidence, il avait soigné les travaux pratiques : défoncé, il condamna la pauvre Stephen Morris à installer sa batterie sur le toit du studio et enregistra inlassablement, séparément, chaque fût. Il imposa au groupe, perplexe, des nappes déchirées de synthés, des réverbérations incroyables et, surtout, un espace affolant, là où le Punk-rock ordonnait de jouer tassé, recroquevillé. On peut remercier Martin Hannett d'avoir jouer avec ses choses à sa démesure afin d'apprivoiser la furie de Joy Division. C'est sans doute l'ahurissante prescience de cette production -qui marque le début et la fin d'une ère- qui fait que ces chansons, presque trente ans plus tard, demeurent aussi vivantes, contemporaines, énigmatiques.
''I've lost control again''.


Album à écouter également ''Closer''
A influencé : the cure / U2 / Massive Attack / Interpol / The Rakes / Sonic Youth / She wants revenge...
 

                                                                                                                                                      Jorge-luis.

 

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